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Le dossier du mois pharma

L’herpès

01/07/2017

Pourquoi l’herpès labial ou génital sont-ils des maladies silencieuses ?

La contamination par un herpès labial ou génital est très souvent silencieuse, la majorité des personnes infectées n’en prennent conscience que lorsqu’elles subissent des symptômes caractéristiques (apparition de vésicules), alors qu’elles peuvent être des porteurs sains depuis longtemps

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Pourquoi un herpès labial n’est pas une pathologie bénigne ?

La maladie a un double aspect avec :

  • des symptômes caractéristiques des poussées
  • ou une primo infection qui passe inaperçue.

De plus, un patient porteur peut aussi être contaminant lors d’une excrétion virale asymptomatique ou entraînant des symptômes pas ou peu identifiants.

Il faut dès lors appeler à la prudence les patients ayant eu des poussées s’ils côtoient des personnes fragiles (nourrissons, personnes immunodéprimées…) en évitant les contacts intimes lorsqu’elles souffrent de symptômes frustes : fièvre, douleurs diffuses… et bien évidemment plus encore en cas de poussée.

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Pourquoi doit-on considérer l’herpès génital comme une Infection Sexuellement Transmissible (IST) ?

Selon les estimations entre 15 et 30 % de la population est porteuse d’un virus de l’herpès génital (HSV2), 50 % chez les porteurs d’une autre IST et 70 % chez les homosexuels. Ces éléments en font l’une des IST les plus fréquentes dans le monde. En dehors des poussées caractéristiques, les patients restent en situation de contaminer un partenaire.

Le caractère fréquemment asymptomatique de la primo-infection, voire la difficulté des personnes se sachant infectées d’aborder le sujet, favorise des contaminations qui peuvent ou non rester silencieuses.

De plus une fois infecté, un patient l’est à vie.

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Pourquoi la sérologie n’est pas l’examen le plus fiable ?

La détection des anticorps n’est pas suffisamment précise pour déterminer la nature de l’infection HSV1 ou HSV2. L’examen le plus concluant reste donc la culture du virus à partir d’un prélèvement.

De plus, il faut aujourd’hui prendre en compte que la localisation des symptômes n’est plus aussi systématique.

Une proportion d’herpès génital de moins en moins négligeable est ainsi le fait de HSV1 et inversement.

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Pourquoi faut-il être plus vigilant lors de la grossesse ?

Même si le partenaire est connu et unique, il peut être porteur sain et potentiellement contaminant.

L’utilisation des préservatifs lors de la grossesse est donc une mesure de précaution afin d’éviter la contamination de la mère et les complications d’une primo-infection, des manœuvres d’accouchement ou des risques majeurs pour le bébé.

Si le partenaire est un porteur du virus de l’herpès (HSV1 et/ou HSV2), il est essentiel d’éviter les rapports bucco-génitaux et d’utiliser des préservatifs dès qu’il y a possibilité de contact entre les muqueuses des partenaires.

Si le partenaire a une poussée d’herpès, il est nécessaire d’éviter tout rapport sexuel jusqu’à la guérison complète et 48 heures après.

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Quelles sont les situations à risque de contamination ?

Selon les conclusions d’une étude de 1992, la contamination par l’herpès génital est dans 70 % des cas la conséquence de rapports ayant eu lieu pendant des périodes asymptomatiques.

Les femmes sont plus facilement contaminables que les hommes et les porteurs du virus HSV1 le sont moins.

La période de contamination la plus importante se situe dans la première année après la contamination.

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Quelle est la réalité du risque de contamination ?

Le délai d’incubation de l’herpès est en moyenne de 8 jours (entre 1 jour et 1 mois), mais l’absence de symptôme après une possible transmission n’est pas une preuve d’absence de contamination.

La transmission du virus est plus importante de l’homme vers la femme (10 à 30 %) et très inférieure à la situation inverse (cinq fois moins).

La durée d’excrétion asymptomatique est habituellement de moins de 7 jours par an chez une personne ayant déjà présenté un épisode d’HSV2 dans sa vie.

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Est-ce que la situation peut s’améliorer avec le temps ?

Une tendance à la diminution de la fréquence des récurrences ne se produit qu’après de nombreuses années.

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Quels sont les gestes à éviter et les mesures d’hygiène à tenir face à un herpès labial ?

L’hygiène des mains est une nécessité après des soins ou lors d’un contact avec les lèvres ou les lésions ou la salive.

La manipulation de la lésion doit être vivement déconseillée afin d’éviter l’auto-inoculation de la face et plus particulièrement des yeux.

La protection des lèvres par des filtres solaires ou des sticks hydratants est utile en dehors des poussées.

Les contacts des lèvres et les rapports bucco-génitaux sont bien évidemment à déconseiller en cas de poussées.

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Quels sont les facteurs de risque que l’on doit considérer ?

L’existence dans l’entourage de personnes à risque :

  • nourrisson et plus particulièrement bébé souffrant de maladie de peau ;
  • personnes potentiellement immunodéprimées ;
  • partenaire ou enfant ayant déclenché récemment une première poussée d’herpès labial.

Chez un adulte, rechercher s’il s’agit d’une première poussée, et dans ce cas orienter vers la consultation pour éliminer l’hypothèse de la survenue d’un syndrome immunodépressif.

Définir avec le patient le nombre de récurrences qu’il a subi en un an. Si ce nombre dépasse six, n’hésitez pas à conseiller une consultation médicale.

De même assurez-vous de la similarité des symptômes entre les différentes poussées, une évolution ou des symptômes différents devront entraîner la consultation.

Refuser le traitement si la poussée dépasse la durée autorisée pour une automédication et en cas de demande de renouvellement.

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Que dire du risque herpétique à une femme inquiète ou herpès positive ?

Affirmer l’existence d’analyses permettant de connaître son statut infectieux et celui de son partenaire.

Décrire les moyens de limiter efficacement le risque de contamination (préservatifs masculins et féminins, traitement préventif…).

Insister sur l’importance de parler de ses inquiétudes à un médecin et à son partenaire.

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Comment aborder le sujet avec une femme souffrant d’un herpès génital ?

Le pharmacien est à la fois bien et mal placé pour aborder un sujet particulièrement complexe, mais il peut, en faisant preuve d’empathie favoriser l’orientation vers le médecin tout en limitant les risques de transmission à un partenaire « naïf ».

Ce qu’il faut dès lors savoir ou proposer :

• La personne ressent une culpabilité envers elle-même et potentiellement envers un partenaire.

Elle doit accepter la chronicité et l’irréversibilité de son infection.

Il est dès lors utile, pour éviter qu’elle soit victime d’idées préconçues, de lui donner des informations validées afin qu’elle puisse se faire une idée la plus réaliste possible de ce qu’est un herpès génital et de ses répercussions.

• Le fait d’assurer qu’une majorité des personnes porteuses de l’infection ne connaissent pas leur statut infectieux est de nature à favoriser l’acceptation de la maladie et la divulgation de son statut.

• La personne doit pouvoir redevenir une actrice de son destin afin d’affirmer auprès d’un partenaire potentiel son statut, en lui donnant les moyens de dédramatiser et/ou de relativiser le risque et de proposer à ce dernier de mettre en œuvre conjointement des mesures de protection efficaces.

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Que peut-on conseiller en première intention pour traiter un herpès labial à l’officine ?

  • N’oubliez pas de traiter la douleur en proposant des antalgiques de première intention en cure courte (3 à 5 jours) et à dose efficace (la plus faible possible) en évitant sans avis médical et à titre de précaution les AINS (Anti inflammatoire non stéroïdien).
  • Tous les traitements topiques médicamenteux (crème virostatique…) ou physiques (patch ou film) n’ont démontré qu’une efficacité relative sur la durée de la poussée. Les patchs ou les films favorisent la cicatrisation et isolent les lésions.
  • Les antiseptiques peuvent être proposés uniquement s’ils ne contiennent pas d’alcool.

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Comment les virostatiques agissent-ils ?

Les virostatiques ont pour action de limiter la réplication des virus à ADN que sont les virus simplex (HSV1 et HSV2).

En empêchant la création des copies de l’ADN viral, en agissant indirectement sur l’ADN polymérase.

Il existe deux types de principes actifs :

  • ceux nécessitant une phosphorylation par la thymidine kinase pour être actif;
  • ceux qui ne passent pas par cette étape pour être actif.

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Comment les virostatiques sont-ils prescrits ?

Les schémas thérapeutiques sont multiples : du traitement sur 5 à 10 jours de la primo-infection, à la gestion des poussées au coup par coup dès que celles-ci sont gênantes ou à risque. Le médecin laisse le patient définir le bon moment pour commencer son traitement afin d’agir dès la survenue des prodromes.

Le traitement est alors de 5 jours. Des traitements flash d’une journée à des doses plus fortes ont donné des résultats similaires sur la durée de cicatrisation d’un herpès labial comparés aux traitements d’une semaine.

Les traitements quotidiens au long cours sur 6 à 12 mois sont réservés aux personnes ayant des récurrences fréquentes (plus de 6 par an) et plus particulièrement en cas d’herpès génital.

Les traitements oraux permettent de réduire la durée de 50 % ( approximativement une semaine) en cas de primo-infection et de 1 à 2 jours en cas récurrence. Ils réduisent le nombre de récurrences et diminuent pour un principe actif la transmission de 50 %.

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Quelles sont les précautions à connaître lors d’un traitement par virostatique par voie orale ?

La toxicité rénale des antiviraux est favorisée par une insuffisance rénale. Il faut dès lors s’assurer que la personne et plus particulièrement les personnes âgées, s’hydrate correctement.

La posologie peut donc varier en fonction du statut rénal du patient.

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